Campagne de Russie (1812)

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Campagne de Russie de 1812

La retraite de Moscou par Adolph Northern XIXe siècle
Informations générales
Date 22 juin-14 décembre 1812
Lieu Entre Austerlitz et Moscou
Issue Victoire russe décisive
Belligérants
Empire français
 Duché de Varsovie
Drapeau: Empire d'Autriche Empire d’Autriche
 Royaume de Naples
 Royaume d'Italie
Drapeau de la Bavière Royaume de Bavière
Drapeau du Royaume de Saxe Royaume de Saxe
 Royaume de Prusse
 Royaume de Westphalie
Confédération suisse
 Empire russe
Commandants
Napoléon Ier

Général en chef Mikhaïl Koutouzov
Tsar Alexandre Ier de Russie
Forces en présence
Grande Armée
691 500 hommes
Armée impériale russe
350 000 hommes
Pertes
580 000 tués, disparus, blessés ou prisonniers 250 000 tués, disparus, blessés ou prisonniers
Sixième coalition
Batailles
Campagne de Russie (1812)

Moguilev —Ostrovno — Klyastitsy — Smolensk — 1re Polotsk — Valutino — Moskowa — Moscou — Winkowo — Maloyaroslavets — 2e Polotsk — Czaśniki — Viazma — Smoliani — Krasnoi — Bérézina


Campagne d'Allemagne (1813)
Lützen — Bautzen — Gross Beeren — Katzbach — Dresde — Kulm — Dennewitz — Leipzig — Hanau — Sehested


Campagne de France (1814)
Brienne — La Rothière — Champaubert — Montmirail — Château-Thierry — Vauchamps — Mormant — Montereau — Bar-sur-Aube — Craonne — Laon — Reims — Arcis-sur-Aube — La Fère-Champenoise — Paris

La campagne de Russie de 1812 est une campagne militaire menée par l'empereur Napoléon Bonaparte, alors au sommet de sa puissance, dans le but de prévenir une attaque du Tsar. Après avoir conquis toute l'Europe, Napoléon entreprend de conquérir la Russie du Tsar Alexandre Ier de Russie. Même si jusqu'à la prise de Moscou, l'avantage est aux forces napoléoniennes, le prince russe Mikhail Koutouzov, général en chef d'une armée impériale russe inférieure en nombre au début de l'invasion, parvient à relever le moral de l'armée russe et à l'encourager à mener une contre offensive, en organisant le harcèlement de la Grande Armée lors de la retraite française. Mais les maladies et l'hiver, et dans une moindre mesure les soldats russes, sont responsables de la défaite de Napoléon en Russie.

Cette invasion des guerres napoléoniennes, relatée par Léon Tolstoï dans son célèbre roman historique Guerre et Paix, marque profondément la culture russe, et sera mise en parallèle avec l'invasion allemande de 1941-1942, opération Barbarossa, durant la Seconde Guerre mondiale.

Sommaire

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Causes [modifier]

Au moment de la campagne, Napoléon était au sommet de son règne avec toutes les nations d’Europe continentale sous son contrôle, ou sous le contrôle de nations vaincues par son empire et évoluant sous des traités favorables à la France. Aucun pouvoir européen du continent n’osait alors s’élever contre lui. En 1807, le traité de Tilsit règle la paix entre l’empire et la Russie. Alexandre espèrait à travers le général Caulaincourt un traité interdisant le rétablissement de la Pologne. Napoléon désavouera Caulaincourt, et marqua alors la rupture de confiance avec Alexandre. Ainsi, le traité de paix avec l’Autriche de 1809 contint une clause annexant la Galicie au profit du Grand Duché de Varsovie. La Russie considérait cette clause comme allant à l’encontre de ses intérêts et la Pologne comme le point de départ éventuel d’une invasion de son territoire. La Russie, alors dotée d’une industrie de manufacture faible et riche en matières premières, souffrait du blocus continental qui la privait d’une partie de son commerce de ses ressources et de revenus pour acheter des biens manufacturés. La levée du blocus par la Russie mit Napoléon en rage et l’encouragea dans la voie de la guerre. Son mariage avec Marie-Louise l’autrichienne, auquel Alexandre refusa de participer, renforça aussi la défiance à l’égard de la Russie, alors qu’à un moment un mariage d’alliance avec la Russie fut envisagé.

Nomenclature [modifier]

Jusqu'en 1941, la campagne de Russie de 1812 était connue en Russie sous le nom de " guerre patriotique " (en russe Отечественная война, Otetchestvennaïa Voïna). Le terme russe « guerre patriotique de 1812 » la distingue de la « Grande guerre patriotique », qui désigne la campagne que les Soviétiques menèrent sur leur front occidental durant la Seconde Guerre mondiale.

En russe, on la nomme aussi « Guerre de 1812 », ce qui pour les anglophones peut prêter à confusion, puisque cela désigne généralement la guerre, à la même époque, entre le Royaume-Uni et les États-Unis.

L'invasion [modifier]

Les armées opposées [modifier]

En juin 1812, la Grande Armée forte de 691 500 hommes, la plus grande armée européenne jamais rassemblée, franchit le Niémen pour se diriger vers Moscou.

La Grande Armée se répartit comme suit, du nord au sud, à la fin juin :

  • Le maréchal d'Empire Mac Donald avec son Xe corps d'Armée (~29 100 h.), incluant le contingent prussien, à Tilsit. La mission de cette force était de prendre Rīga et de se diriger vers Saint-Pétersbourg.
  • L'empereur Napoléon 1er, avec la Garde impériale (~30 500 h.), sous Mortier, Lefevbre et Bessières, le Ier corps d'Armée (~69 500 h.) de Davout, le IIe Corps d'Armée (~40 000 h.) d'Oudinot, le IIIe corps d'Armée (~37 800 h.) de Ney et la Réserve de Cavalerie (~20 800 h.) sous Murat avec les Ier et IIe corps de Réserve de Cavalerie de Nansouty et Montbrun ; le tout concentré devant Kovno. Cette force centrale avait pour but d'engager et détruire la principale armée russe (la 1re Armée de l'Ouest) sous Barclay de Tolly.
  • Eugène avec son IVe corps d'Armée (~45 000 h., environ un tiers d'Italiens), le VIe corps d'Armée (bavarois) (~23 600 h.) de Gouvion-Saint-Cyr et le IIIe corps de réserve de Cavalerie (~6 800 h.) de Grouchy ; le tout concentré à l'arrière et à droite de la force de Napoléon. Les ordres d'Eugène étaient de maintenir le contact avec les unités plus au sud et de protéger la force principale contre une attaque de la 2e Armée de l'Ouest russe de Bagration.
  • Jérôme avec le Ve corps d'Armée (polonais) (~34 600 h.) de Poniatowski, le VIIIe corps d'Armée (westphalien) (~16 700 h.) de Vandamme et le IVe corps de réserve de cavalerie (à moitié polonais, un quart saxon et un quart westphalien) (~7 300 h.) de Latour-Maubourg ; le long du Niémen au sud-ouest de Grodno. Cette force était supposée engager la 2e Armée de l'Ouest russe de Bagration.
  • Reynier avec son VIIe corps d'Armée (saxon) (~18 500 h.) près de Bialystok. Ce corps devait maintenir la jonction entre Jérôme et Schwarzenberg.
  • Schwarzenberg avec son XIIe corps d'Armée (autrichien) (~32 900 h.) près de Lublin. Ce corps était supposé couvrir le sud de la Pologne contre une invasion russe à partir de l'Ukraine (la 3e Armée de l'Ouest (ou d'Observation) russe de Tormasov s'y trouvait).
  • En Prusse le IXe corps d'Armée (un tiers polonais et un tiers allemand) (~25 000 h. au 31 août) de Victor et le XIe corps d'Armée (largement composé d'unités de dépôt et de réserve) (~28 000 h. au 15 août). Ces deux corps s'occuperaient de la garnison de la Prusse et de la Pologne et augmenteraient la Grande Armée en Russie si nécessaire.

À cela s'ajoutent 80 000 Gardes nationaux, engagés par conscription pour défendre la frontière impériale du duché de Varsovie. En comptant ceux-ci, l'effectif total des forces impériales françaises sur la frontière russe et en Russie atteint environ 771 500 hommes. Cet énorme déploiement de troupes pénalise grandement l'Empire, en particulier si l'on considère les 300 000 Français supplémentaires se battant dans la péninsule ibérique et les plus de 200 000 hommes en Allemagne et en Italie.

Le gros de l'armée se compose de 450000 Français, les alliés de la France formant le reste. En plus du corps d'armée autrichien détaché sous les ordres de Schwarzenberg, on compte environ 95 000 Polonais, 90 000 Allemands (24 000 Bavarois, 20 000 Saxons, 20 000 Prussiens, 17 000 Westphaliens et quelques milliers d'hommes venus de plus petits États rhénans), 25 000 Italiens, 12 000 Suisses, 4 800 Espagnols, 3 500 Croates et 2 000 Portugais. À cela s'ajoutent des contingents néerlandais et belges. Chaque nationalité du vaste empire napoléonien est représentée.

Si l'on en croit les estimations les plus récentes, l'armée russe qui lui fait face est moins nombreuse, du moins au début de la campagne. Environ 280 000 Russes sont déployés sur la frontière polonaise (en préparation de l'invasion prévue du satellite français qu'était le Grand-Duché de Varsovie). Au total, l'armée russe compte environ 500 000 hommes (certaines estimations descendent jusqu'à 350 000, tandis que d'autres vont jusqu'à 710 000, un nombre aux alentours de 400 000 semble plus crédible), au début de la guerre. Ceux-ci se répartissent en trois armées :

  • la Première armée de l'ouest (commandée par le général Mikhail Barclay de Tolly, de quelque 159 800 hommes,
  • la Deuxième armée de l'ouest (commandée par le général Bagration), de 62 000 hommes,
  • la Troisième armée de l'ouest (ou d'observation), (commandée par le général Tormasov), de quelque 58 200 hommes.

Deux corps de réserve, un de 65 000 hommes et un autre de 47 000 hommes, soutiennent ces trois armées. D'après ces chiffres, l'armée russe qui fait immédiatement face à Napoléon compte quelque 392 000 hommes. De plus, la paix est assurée avec la Suède et l'Empire ottoman pour Saint-Pétersbourg, ce qui libère plus de 100 000 hommes, (du Corps de Finlande de Steingell et de l'Armée du Danube de Tshitshagov). Des efforts sont faits pour grossir les armées russes et, en septembre, l'effectif est porté à environ 900 000, sans compter les unités cosaques irrégulières, qui apportent probablement 70 000 ou 80 000 hommes au total.

La marche sur Moscou [modifier]

Le 22 juin 1812, Napoléon déclare la guerre à la Russie, du quartier général de Wilkowiski : il apprend cette résolution à ses soldats [1]

L’armée impériale la plus formidable que Napoléon eût mise sur pied, comptait 500 000 combattants et 2 200 bouches à feu. À cette époque, l’Empereur des Français commandait, directement ou par ses alliés, à quatre-vingt cinq millions cinq cent mille Européens ; ses ordres s’exécutaient dans un espace qui comprenait 19 degrés de latitude et 30 de longitude. Aucun des empereurs romains n’eut à sa disposition des forces aussi extraordinaires.

Napoléon avait envoyé une dernière offre de paix à Saint-Pétersbourg peu avant d'entamer les opérations. Ne recevant pas de réponse, il ordonne d'avancer en Pologne russe.

Le quartier général de l’armée française passe le Niémen vis-à-vis Kowno. L’armée se compose de dix corps commandés, le premier par le maréchal Davout, le deuxième par le maréchal Oudinot, le troisième par Ney, le quatrième, sous le nom d’armée d’Italie, par le prince Eugène de Beauharnais, le cinquième par Poniatowski, le sixième par Gouvion-Saint-Cyr, le septième par le général Reynier, le huitième par le général Vandamme, le neuvième, dont les cadres seuls sont formés, par le maréchal Victor, le dixième par le maréchal Macdonald. La vieille garde est commandée par le maréchal Lefebvre, la jeune par le maréchal Mortier, la réserve de cavalerie par Murat. La cavalerie de la garde Bessières agit à part.

Un corps auxiliaire de 30 000 Autrichiens marche séparément. Dans cette nombreuse armée, les Français figurent pour 270 000 combattants. L’armée russe est forte, tant infanterie que cavalerie, de 360 000 hommes, sans compter deux corps qui se forment, l’un en Lituanie et l’autre à Rīga.

Les troupes françaises font leur entrée à Wilna, ancienne capitale de la Lituanie. Les Russes, en se retirant, détruisent tout ; ils livrent aux flammes d’immenses magasins, 150 000 quintaux de farine, des fourrages, des habillements ; ils jettent dans la Wilna une grande quantité d’armes.

Au départ, il ne rencontre aucune ou peu de résistance et avance rapidement en territoire ennemi. Les Russes offrent seulement une résistance sporadique et Barclay, le commandant en chef, refuse le combat malgré les instances de Bagration, sachant qu'il ne peut battre les Français lors d'une bataille rangée. À plusieurs reprises, il tente d'établir une position défensive forte, mais à chaque fois l'avance française, trop rapide pour lui permettre de finir les préparatifs, le force à battre en retraite. Ceci est souvent considéré comme un exemple de politique de la terre brûlée : en réalité, la retraite russe ne faisait pas partie d'un plan établi pour attirer les Français dans les terres russes où l'hiver et le manque de provisions suffisantes contribueraient à les anéantir, mais plutôt de l'impossibilité pour les commandants russes de trouver une occasion de combat dans des conditions favorables, en raison de la vitesse et de la puissance de l'avance française.

Le 14 juillet, l’empereur Alexandre se montre à Moscou pour exciter le zèle et le courage de ses habitants.[2]

Le 28 juillet, les Français entrent à Vitebsk. Les Russes continuent à se replier. La Grande armée les suit sans trouver l’occasion de combattre. Enfin, ils arrivent sous les murs de Smolensk, ville russe, entourée de murailles de trois mètres d’épaisseur, flanquée de tours. À ces fortifications fort massives, on venait d’ajouter d’autres ouvrages exécutés avec soin et bien entretenus. Barclay de Tolly avait jeté dans la place 30 000 hommes, et il se tenait en bataille sur les deux rives du Dniepr, communiquant avec la ville par des ponts.

Les pressions politiques sur Barclay pour entamer le combat et la constante réticence du général (vue par la population comme un signe d'intransigeance) lui valent de perdre sa position de commandant en chef pour être remplacé par le populaire et haut en couleurs Koutouzov. Malgré sa rhétorique opposée, il suit la voie de Barclay, voyant tout de suite qu'affronter les Français en bataille rangée reviendrait à sacrifier son armée inutilement. Ce vieux général, vainqueur des Turcs, avait solennellement promis de couvrir Moscou, la ville sainte, et d’anéantir l’armée française. [3] Il finit par réussir à établir une position défensive à Borodino (suite à un affrontement indécis à Smolensk du 16 au 18 août).

Bataille de Smolensk [modifier]

Icône de détail Article détaillé : Bataille de Smolensk (1812).

Le 17 août 1812, à une heure de l’après-midi, Napoléon donne le signal de l’attaque. Les faubourgs, retranchés et défendus par la grosse artillerie, sont enlevés ; les remparts, ainsi que les masses postées sur la rivière, sont foudroyés. Les Russes, après des efforts désespérés de résistance, mettent le feu à la ville et l’abandonnent, laissant d’immenses magasins, 12 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et 200 pièces de canon.

À la suite de cette victoire, l’Empereur se mit à la poursuite des russes, qu’il poussa vivement jusqu’à Valutino, plateau sur lequel leur arrière-garde prit position le 19. Murat et Ney l’attaquèrent et la mirent en fuite après lui avoir fait éprouver de grandes pertes. Valutino donna son nom à une nouvelle victoire française.

En même temps, et sur divers points, il y eut plusieurs combats où les armées de l'Empire connurent diverses fortunes : le 6e corps, commandé par Gouvion-Saint-Cyr, battit Wittgenstein lors de la première bataille de Polotsk, lui tua 2 000 hommes, en blessa 4 000, lui fit un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels 3 généraux, et s’empara de 20 pièces de canon, mais Wittgenstein organisa une contre attaque et Gouvion-Saint-Cyr fut obligé de se retirer.

Après l’affaire de Valutino, poursuivant l’ennemi, la grande armée arriva à Ghjat, où il lui fut permis de prendre quelques jours de repos et se préparer à la grande bataille que l’Empereur jugeait imminente.

Bataille de la Moskova [modifier]

Icône de détail Article détaillé : Bataille de la Moskowa.

C’est le 7 septembre 1812, que fut livrée la bataille appelée, par les Français, de la Moskova, et par les Russes de Borodino, parce que l’action eut lieu sur le plateau qui domine ce village.

De son côté, Napoléon excitait l’ardeur des siens par cette proclamation [4]

La veille et pendant la nuit il avait plu. À cinq heures, le soleil se leva sans nuage : Soldats ! s’écria Napoléon, voilà le soleil d’Austerlitz ! Cette exclamation passe de rang en rang et remplit les troupes d’ardeur et d’espérance.

Les deux armées comptent chacune de 120 à 130 000 hommes. Un coup de canon tiré par les Français donne le signal, et l’action s’engage sur toute la ligne. Après quatre heures de combats opiniâtres, pendant lesquels 1 200 bouches à feu tirent, trois redoutes sont enlevées par le prince Eugène, les maréchaux Davoût et Ney. Toutes les batteries russes sont successivement assaillies et enlevées. La plus formidable de leurs redoutes est emportée par les cuirassiers français.

Après avoir détruit par la mitraille la plus grande partie des masses qui résistaient à son entrée, Napoléon fait manœuvrer le 8e corps et toute la droite pour tourner la dernière position des Russes. Il ordonne à la garde et à toute la cavalerie de soutenir ce mouvement. Eugène se porte en avant de la Kalogha, et dès ce moment l'issue de la bataille est certaine. À la tombée de la nuit, l’armée russe opère sa retraite en bon ordre vers Mojaïsk, laissant sur le champ de bataille 55 000 hommes hors de combat, dont 50 généraux et 70 pièces de canon. Les pertes des Français sont évaluées à 20 000 hommes tués ou blessés, dont 2 généraux de division et 6 généraux de brigade.

On estime que 120 000 coups de canon ont été tirés durant l'action. Napoléon resta sur le champ de bataille, donnant des ordres pour faire transporter les blessés, tant russes que français, dans les hôpitaux établis sur ses lignes de retraite.

La bataille de Borodino de Pieter Von Hess
La bataille de Borodino de Pieter Von Hess

C'est aussi une des journées les plus sanglantes, des guerres napoléoniennes. L'armée russe fait retraite le 8 septembre avec la moitié de ses forces, laissant ouverte la route de Moscou, que Koutouzov ordonne d'évacuer.

L’armée française victorieuse se met à la poursuite des Russes. Napoléon transporte son quartier général à Mojaïsk, ville située à vingt-six lieues à l'ouest de Moscou, que l'ennemi a incendiée avant de l'abandonner.

À partir de là, les Russes rassemblent leur armée, qui atteint son effectif maximal, soit 904 000 hommes avec peut-être 100 000 hommes au voisinage immédiat de Moscou (les survivants de l'armée détruite à Borodino, en partie renforcée). La capacité des Russes à renouveler rapidement leurs effectifs sera un avantage décisif à la fin de la campagne.

La prise de Moscou [modifier]

Le 14 (2 heures après midi), l'Empereur fit son entrée dans l'ancienne capitale de la Moscovie, avec sa garde et le premier corps. Napoléon entra dans une ville déserte, vidée de toute provision par le gouverneur, Fédor Rostoptchine.

Le lendemain il s'établit au Kremlin, palais des tsars, situé au milieu de la ville. Le maréchal Mortier fut nommé gouverneur de cette capitale, avec ordre d’employer tous les moyens pour empêcher le pillage. Des secours furent donnés aux blessés russes qui encombraient les hôpitaux, ainsi qu'aux Moscovites qui n’avaient pas voulu suivre l’armée de Koutousov.

Les Français à Moscou
Les Français à Moscou

En se basant sur les règles classiques de la guerre lors de la prise d'une capitale (même si Saint-Pétersbourg était la capitale à cette époque), il pensait que le tsar Alexandre Ier lui offrirait sa capitulation sur le Mont Poklonnaya, mais le commandement russe ne se rendit pas. Un armistice avait été accordé aux Russes, et Napoléon, au milieu de ses triomphes, fit proposer la paix à Alexandre : il en reçut des réponses évasives, qui, néanmoins, faisaient espérer qu’on pourrait tomber d’accord. Mais Napoléon et Alexandre ne voulaient que gagner du temps, Napoléon pour recompléter son armée, Alexandre parce qu’il était persuadé que les grands froids qui approchaient obligeraient les Français à évacuer l’empire. Les événements justifièrent leurs prévisions.

Au lieu de ça, des feux démarrent à Moscou, et ravagent la ville du 14 au 18 septembre du calendrier grégorien (2 au 6 septembre du calendrier julien). Moscou, construite essentiellement en bois, brûle presque complètement, privant les Français d'abris dans la ville. Les incendies viennent de sabotages russes. À un signal donné, le feu éclate dans mille endroits à la fois. C’est en vain que les Français font tous leurs efforts pour éteindre l’incendie : le ravage des flammes ne s’arrête que dans la soirée du 20 septembre, lorsque les neuf dixièmes de la ville sont en cendres : près de 4 000 maisons en pierre et 7 000 en bois, 20 000 malades ou blessés sont victimes de ce désastre.

Napoléon a dit ensuite que s'il avait quitté Moscou deux semaines plus tôt, il aurait pu détruire l'armée de Koutouzov qui campait à proximité, à Tarutino. Même si cela n'aurait pas suffit à laisser la Russie sans défense, cela l'aurait privée de sa seule armée concentrée capable d'affronter les Français.

En 1812, par Illarion Pryanichnikov
En 1812, par Illarion Pryanichnikov

Retraite [modifier]

Icône de détail Article détaillé : Bataille de Winkowo.

Le 18 octobre, la retraite commença. Siégeant dans une ville en ruines sans avoir reçu la capitulation russe, et face à une manœuvre russe le poussant à quitter Moscou, Napoléon entame sa longue retraite.

Napoléon sortit de Moscou le 19, et donna l’ordre à Mortier d’abandonner le Kremlin le 23, après l’avoir fait sauter, lui recommandant surtout de ne laisser en arrière ni blessés, ni malades. Dans sa marche rétrograde, l’armée est vivement harcelée par l’ennemi ; on en vient souvent aux mains.

Icône de détail Article détaillé : Bataille de Maloyaroslavets.

À la bataille de Maloyaroslavets, Koutouzov peut enfoncer l'armée française sur la même route dévastée qu’ils avaient emprunté à l’aller. En continuant à bloquer le flanc sud pour empêcher les Français de prendre une autre route, Koutouzov déploie à nouveau la même tactique de partisans pour constamment attaquer le trajet français là où il était le plus vulnérable. La cavalerie légère russe, dont les Cosaques montés, attaque et détruit les unités françaises isolées.

Approvisionner l'armée devient impossible : le manque total d'herbe comestible affaiblit les chevaux restants de l'armée, presque tous meurent ou sont tués pour nourrir les soldats affamés. Sans chevaux, la cavalerie française cesse d'exister, et les cavaliers doivent marcher. De plus, le manque de chevaux fait que les canons et les chariots doivent être abandonnés, privant l'armée d'artillerie et de soutien logistique. Même si l'armée a pu rapidement remplacer son artillerie en 1813, le manque de chariots créa un immense problème logistique jusqu'à la fin de la guerre, alors que des milliers des meilleurs chariots militaires furent laissés en Russie. Comme la famine, les maladies et le froid extrême s'imposent, les désertions prennent alors de l'ampleur. La plupart des déserteurs sont fait prisonniers par les paysans russes.

Le froid [modifier]

L'empereur Napoléon Ier et sa Grande Armée anéantie par le froid, à la bataille de la Bérézina
L'empereur Napoléon Ier et sa Grande Armée anéantie par le froid, à la bataille de la Bérézina

À partir de novembre 1812, l'hiver russe cause de nouveaux tourments à l'armée française : les soldats et les chevaux commencent à mourir de faim, de froid et de fatigue durant la marche.

Le 7 novembre, ils atteignent Smolensk. C’est alors que commencent ces froids excessifs cent fois plus redoutables que les armes des Russes ; le thermomètre descend jusqu'à -22 degrés celsius ; le sol se couvre de neige ; les chevaux périssent par milliers au bivouac ; bientôt les hommes ont un sort pareil. Cependant, grâce aux bonnes dispositions de Napoléon, l’armée avance toujours. Le courage des soldats semble augmenter avec l’étendue des privations et des dangers. [5]

Arrivé à Archa, Napoléon, sans prendre un moment de repos, s’occupa de rétablir l’ordre que les combats et l’intempérie de la saison avaient naturellement dérangé. Il fit faire des distributions de vivres, d’armes et de munitions, et lire, dans les corps d’armée, un ordre du jour qui les rappelait à leurs devoirs, engageant les soldats à marcher en corps, et menaçant de punir ceux qui s’obstineraient à rester isolés. Les désirs de Napoléon furent accomplis, officiers et soldats rentrèrent dans leurs rangs, et avec eux, l’ordre et la discipline.

Enfin, l’armée avançant à marches forcées, arriva le 25 novembre sur la Bérésina, sur laquelle Napoléon fit jeter des ponts dont il présidait les travaux.

Icône de détail Article détaillé : bataille de la Bérézina.

La traversée de la rivière Bérézina amène une incontestable victoire pour Napoléon quand Koutouzov, décidant que le temps était venu pour une bataille rangée, attaque la partie de l'armée française restée du mauvais côté de la rivière. Les russes ayant été repoussés, tous les français en arme peuvent franchir les ponts. Seuls restent de l'autre côté les malades, les blessés, les déserteurs. Ceux-là même qui, par abattement et désespoir, ont refusé de passer les ponts durant la nuit précédent la bataille et qui ensuite se sont bousculé dans une cohue indescriptible au dernier moment (d'où l'expression proverbiale : "c'est la Bérézina"). Seuls ces malheureux sont tombés aux mains des Russes, ce jour là.

Début décembre 1812, Napoléon apprend que le général de Malet a tenté un coup d'État.

Étant à Smorghoni, le 5 décembre, Napoléon tint un grand conseil de guerre, donna ses instructions et le commandement des troupes à Murat, et partit pour Paris. Napoléon abandonne son armée et rentre en traîneau. Murat déserte plus tard pour sauver son royaume de Naples, laissant le premier beau-fils de Napoléon, Eugène de Beauharnais, aux commandes.

Au cours des semaines suivantes, les restes de la Grande Armée sont encore réduits, et le 14 décembre 1812 ils sont expulsés du territoire russe.

Les pertes humaines [modifier]

Un graphe par Charles Minard montrant les effectifs de la Grande Armée à l'aller et au retour de Moscou, par l'épaisseur de la ligne. En dessous, une fonction de la température en degré Réaumur (1°R = 1,25°Celsius) se lisant de droite a gauche.
Un graphe par Charles Minard montrant les effectifs de la Grande Armée à l'aller et au retour de Moscou, par l'épaisseur de la ligne. En dessous, une fonction de la température en degré Réaumur (1°R = 1,25°Celsius) se lisant de droite a gauche.

Seulement à peu près 90 000 des hommes de Napoléon survivent à la campagne de Russie. Les victimes russes au cours des quelques rares batailles rangées sont comparables aux pertes françaises, mais les pertes civiles le long de la route empruntée par les armées, dans un territoire dévasté, sont beaucoup plus élevées que les pertes militaires. Au total, en dépit d'estimations hâtives de plusieurs millions de morts, on estime les pertes à environ un million de morts, également réparties entre Français et Russes. Les pertes militaires s'élèvent à 300 000 Français, 70 000 Polonais, 50 000 Italiens, 80 000 Allemands, et 210 000 Russes. En plus des pertes humaines, les Français perdent aussi quelque 200 000 chevaux et plus de 1 000 pièces d'artillerie.

Évaluation historique [modifier]

Cette campagne révèle que Napoléon a grandement sous-estimé l'ampleur des difficultés qui l'attendaient, lui et son armée :

  • Sous-estimation des moyens de cartographie nécessaires : il emporta un seul atlas pour 690 000 hommes,
  • Sous-estimation de la logistique,
  • Sous-estimation des aléas climatiques,
  • Tactique de la terre brûlée des Russes,

etc.

La victoire russe sur l'armée française en 1812 marque un coup d’arrêt sévère aux ambitions de domination européenne de Napoléon. Comme la défaite de la puissance navale française à la bataille de Trafalgar en 1805, la campagne russe est un tournant décisif des guerres napoléoniennes qui mène, en fin de compte, à la défaite de Napoléon et son exil sur l'île d'Elbe.

Pour la Russie, le terme guerre patriotique est un symbole renforçant l’identité nationale, qui a un grand impact sur le patriotisme russe du XIXe siècle. Le résultat indirect du mouvement patriotique des Russes est un fort désir de modernisation du pays qui se traduit par une série de révolutions, commençant avec la révolte des Décembristes et finit avec la révolution de février 1917.

Napoléon n’est pas complètement défait en Russie. L’année suivante, il lève une armée d'environ 400 000 soldats français soutenue par 250 000 soldats des pays alliés aux Français, pour disputer le contrôle de l'Allemagne lors d'une campagne encore plus grande. Ce n’est que lors de la bataille de Leipzig (16 au 19 octobre 1813) qu'il est finalement défait, et même ensuite la campagne de France en 1814 est indécise.

Malgré tout, l'importance de la campagne de Russie est de révéler que Napoléon n'était pas invincible. Sentant la bête blessée et poussés par les nationalistes prussiens et les commandants russes, des nationalistes allemands se soulèvent à travers la Confédération du Rhin et la Prusse. La décisive Campagne d'Allemagne n'aurait pas pu avoir lieu sans le message de la défaite de Russie propagé dans le monde.

Liste des commandants de l'armée russe [modifier]

Bibliographie [modifier]

Filmographie [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. « Soldats, la seconde guerre de la Pologne est commencée ; la première s’est terminée à Tilsitt. À Tilsitt, la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd’hui ses serments. La Russie est entraînée par sa fatalité ; ses destins doivent s’accomplir. Nous croit-elle donc dégénérés ? Marchons donc en avant ; passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armées françaises comme la première. »
  2. À cette occasion, le métropolitain Platow, âgé de cent dix ans, lui fait don de l’image de saint Serge et lui dit : « La ville de Moscou, la première, capitale de l’empire, la nouvelle Jérusalem, reçoit son Christ comme une mère dans les bras de ses fils zélés, et à travers le brouillard qui s’élève, prévoyant la gloire brillante de sa puissance, elle chante dans son transport : Hosanna ! Béni soit celui qui aime ! que l’arrogant, l’effronté Goliath apporte des limites de la France l’effroi mortel aux confins de la Russie ! la pacifique religion, cette fronde du David russe, abattra soudain la tête de son sanguinaire orgueil ! Cette image de saint Serge, antique défenseur du bonheur de notre patrie, est offerte à votre majesté impériale… »
  3. Dans sa proclamation aux soldats, il prophétise la victoire : « Dieu va combattre son ennemi avec l’épée de Michel, et avant que le soleil de demain ait disparu, vous aurez écrit votre foi et votre fidélité dans les champs de votre patrie avec le sang de l’agresseur et de ses légions. » L’armée russe, protégée par des retranchements que son général annonçait comme inexpugnables, était encore animée par les prédications des prêtres et par l’image miraculeuse de la Vierge, qu’on promenait dans ses rangs.
  4. « Soldats ! voilà la bataille que vous avez tant désirée. Désormais la victoire dépend de vous ; elle vous est nécessaire, elle vous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l’on dise de vous : Il était à cette grande bataille livrée sous les murs de Moscou. »
  5. Kutusoff écrivait à Alexandre : « Les Français, loin de se laisser abattre par la cruelle extrémité où ils se voyaient réduits, n’en étaient que plus enragés à courir sur les pièces qui les écrasaient. On dit encore vulgairement en Russie : « Ce n’est point le général Kutusoff qui a tué ou dispersé les Français, c’est le général Morosow (la gelée). »

Références [modifier]

  • 1812: Napoleon's Fatal March on Moscow, Adam Zamoyski, HarperCollins, 644 Pages. ISBN 0027123752
  • Blundering to Glory:Napoleon's Military Campaigns (2nd edition) Owen Connelly. 254 pages. ISBN 0842027807
  • A Military History and Atlas of the Napoleonic WarsBG Vincent J. Esposito and C John R. Elting, Greenhill Books, ~400 pages. ISBN 1-85367-346-3
  • History of Patriotic War 1812 Bogdanovich, Spt., 1859-1860, Appendix, pg. 492-503

Liens externes [modifier]

Source partielle [modifier]

Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail édition](Wikisource)

 

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