Premier Empire sous Napoléon

La France de 1789

 

La Révolution Française

Introduction
Dès l'annonce de l'ouverture des états généraux, le souhait de changer la Nation émanait de tous les milieux et on appréhendait avec anxiété ou enthousiasme cet instant. Déjà, un fort élan politique parcourait le pays, Louis XVI et Necker étaient inquiet. Qui allait devenir le maître de la situation ? Est-ce que l'héritage des Lumières s'exprimera pour l'avenir ? Comment les événements allaient-ils se dérouler ? Allait-on changer irrémédiablement le cours de la vie des Français ? Ces questions allaient bientôt trouver leur sens, très vite le poids des privilèges va provoquer un engrenage révolutionnaire qui ne s'achèvera que dix ans plus tard.

Les grands évenements

Le tiers se déclare « Assemblée nationale »
Les États Généraux furent ouverts solennellement le 5 mai 1789, très vite une discussion acharnée éclata sur la façon de voter : « par tête », une voix pour chaque homme, ou « par ordre », une seule voix pour chacun des trois états comme le voulait la tradition. Sous l'impulsion de Mirabeau, les députés du tiers état refusèrent de vérifier leur pouvoir afin d'éviter à tout prix le vote « par ordre ». Ils espéraient ainsi gagner du temps, les différentes tentatives pour débloquer la situation s'étaient révélées inutiles. Conscients de représenter la majorité des Français, les délégués populaires du tiers se retirent le 17 juin et se constituent eux-mêmes en Assemblée Nationale. Le même jour, l'Assemblée interdit toute levée d'impôts non vérifiée et décrétée par elle-même. Naturellement, ni le roi ni les privilégiés n'apprécièrent cette nouveauté. Louis XVI se résout à la rigueur et invita les trois ordres à reprendre leur place lors d'une prochaine séance royale.
Le serment du jeu de paume
Le 20 juin, sous prétexte d'effectuer des travaux d'entretien, le roi interdit l'accès de la salle où se réunissaient les États généraux. Les représentants du tiers état se rassemblèrent alors dans un gymnase qui servait au jeu de paume. Là, sous la proposition du député Mounier, ils s'engagèrent « à ne jamais se séparer » avant d'avoir donné à la France une Constitution, chacun à leur tour les députés répètent « Je le jure ! ». Le lendemain, le roi ferme le gymnase, car il est réservé par le comte d'Artois, le frère du roi ( Charles X). Les députés se réunissent alors dans l'église Saint Louis que le clergé leur a octroyé. Louis XVI rassemble alors des troupes, pour dissoudre cette assemblée de récalcitrants, mais bientôt une grande partie du clergé se joint au tiers. Afin de limiter les dégâts, le roi ordonne alors au clergé et à la noblesse de participer avec le tiers à l'élaboration de textes constitutionnels. Le 9 juillet 1789, l'Assemblée nationale devient constituante, elle établira les fondements d'une monarchie constitutionnelle, on croit alors la révolution achevée.
Le serment du jeu de paume - par Jacques-Louis DAVID (Musée du château de Versailles)

Le serment du jeu de paume

Au centre, Bailly, le président de l'Assemblée nationale est monté sur une table. Avec lui, les députés jurent de ne pas se séparer jusqu'à l'établissement d'une constitution.
Le serment du jeu de paume - par Jacques-Louis DAVID (Musée du château de Versailles)
La prise de la Bastille
Très vite, l'assemblée entame des discussions derrière le député Mounier, et La Fayette inspiré par son passage aux États-Unis propose déjà une déclaration des droits de l'homme. Mais le roi précipita les événements, il renvoie Necker son ministre des Finances, qui est tenu responsable du désordre, c'est une véritable consternation pour le peuple qui lui attachait de l'estime. Louis XVI ordonna de plus la concentration des troupes autour de la capitale, afin d'étouffer la rébellion par les baïonnettes. Sous l'impulsion de Camille Desmoulins, le peuple parisien se rassembla et l'anarchie commençait à s'installer dans la capitale. Le 14 juillet, on donne l'assaut à la Bastille, une ancienne forteresse devenue prison qui, pour les Parisiens, représentait le symbole de l'absolutisme, elle fut prise et rasée. A son retour d'une chasse, le roi étonné demanda « C'est une révolte ? » « Non Sire, c'est une révolution ». Louis XVI, une fois de plus recula et rappela Necker.
La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 - par Jean-Baptiste LALLEMAND (Musée Carnavalet)

Prise de la bastille

En bas, à droite, le gouverneur de la Bastille De Launay est emmené par les assaillants. Il sera massacré, et sa tête mise au bout d'un pique défilera dans les rues de Paris.
La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 - par Jean-Baptiste LALLEMAND (Musée Carnavalet)
La « Nuit du 4 août »
La monarchie absolue était finie, et les premiers nobles commencent à émigrer. L'assemblée improvise une garde nationale aux ordres du marquis de La Fayette, et arbore les premières cocardes tricolores (le blanc des Bourbons était glissé entre le bleu et le rouge de la ville de Paris). Très vite, l'anarchie s'installe dans la capitale, et des rumeurs alarmistes (complot aristocratique, invasion étrangère...) provoquèrent « La Grande Peur » dans les campagnes. La fureur des paysans se déchaîna contre les demeures féodales qui furent brûlées et saccagées durant l'été. La nuit du 4 août, l'Assemblée discutait des moyens pour enrayer ces émeutes, et au fur et à mesure des discussions, elle abolit peu à peu tous les droits féodaux. Le 11 août, un décret déclare l'égalité civile et fiscale, c'est le plus grand bouleversement que la France ait connu. L'Ancien régime et les privilèges s'écroulent en l'espace d'une nuit.
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
Le 26 août, l'Assemblée adopte la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont Mirabeau et Sieyès sont les principaux rédacteurs. Cette déclaration est maintenant devenue le modèle de la plupart des Constitutions modernes. Elle établit les droits fondamentaux de l'être humain : le droit à la liberté, à la sécurité, à l'égalité de tous devant la loi et, enfin le principe de la souveraineté populaire, par lequel la Nation, et non plus une royauté de droit divin, est proclamée dépositaire du pouvoir. Cependant, cette déclaration ne remet pas en question la monarchie des Bourbons, d'ailleurs, La Fayette et Mirabeau tout comme la majorité de l'Assemblée sont monarchistes.
Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, datée du 10 août 1793 (Centre historique des Archives nationales)

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen

Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, datée du 10 août 1793 (Centre historique des Archives nationales)

Une grande instabilité

Les journées d'octobre
Les discussions entre l'Assemblée et le roi reprennent, Louis XVI se voit bientôt accorder un droit de veto face aux décisions de l'assemblée. Les modérés comme Mounier se voient quant à eux repousser leur projet de créer deux Chambres et un pouvoir exécutif fort (comme en Angleterre). Mais au lieu d'accepter de partager son pouvoir avec l'Assemblée, Louis XVI ne songeait qu'à reprendre son bien, il fit venir une nouvelle garnison à Versailles. Le 5 octobre, le mécontentement gagne à nouveau les rues, et environ 700 000 femmes marchèrent sur Versailles en vue de solliciter du pain au roi. Le roi à son retour promet une rentrée de blé à Paris, mais le lendemain, la foule presse devant Versailles, et clame « A Paris ». Le roi est donc contraint de quitter Versailles avec sa famille (« le boulanger, la boulangère et le petit mitron »). Les monarchistes comme Mounier voient leur désir d'établir une monarchie forte s'éteindre, Mounier choisit l'exil.
La monarchie constitutionnelle
Jusqu'à l'été 1790, La Fayette est l'homme clé du moment, sa popularité et son influence s'agrandissent chaque jour dans la capitale, mais son plus grand rival reste Mirabeau. L'Assemblée siège désormais aux Tuileries, depuis la question du droit de veto du roi, elle est divisée ainsi : à droite les partisans du veto, à gauche les opposants. Le clivage des opinions s'organise désormais ainsi (ce sont les ancêtres de nos partis politiques). A l'extrême droite, on trouve les conservateurs attachés à la monarchie absolue. A droite, on a les monarchiens qui veulent s'en tenir aux réformes du 4 août, leur chef Mounier s'est déjà exilé craignant un dérapage de la Révolution. A gauche, le groupe est mené par un triumvirat ( Barnave, Lameth, Duport), et à l'extrême gauche on trouve déjà Robespierre. Tous ces députés se retrouvent dans des clubs, dans lesquelles les partisans débattent les questions de l'Assemblée, les patriotes qui se réunissaient au couvent des Jacobins adoptèrent ce nom. En quelques mois, l'Assemblée prit une série de mesures qui bouleversèrent le visage de la France (confiscation des biens du clergé, naissance des départements, voir La France révolutionnaire), et en 1791, une première Constitution fut ratifiée.
La Fédération
Depuis 1789, des gardes nationales s'étaient formées en province à l'image de celle de La Fayette, elles devaient assurer la sécurité du peuple et du commerce. Certaines de ces communes s'étaient rassemblées en fédération, les citoyens de chacune de ces fédérations se considéraient comme appartenant au même « Empire », et non plus comme angevins ou bretons. Ces fédérations donnèrent lieu à des fêtes, l'une d'elle devait regrouper chacun des représentants des fédérations au Champ-de-Mars le 14 juillet 1790 pour célébrer la fête de la Fédération. Les gardes de chaque fédération défilèrent, et malgré la pluie, La Fayette s'avança et prêta serment à la Nation, puis vint le tour du roi qui fut applaudi. Ce fut un véritable moment d'union nationale partout en France, la fête fut somptueuse.
La fête de la Fédération - par Charles MONNET 1790 (Bibliothèque nationale de France, département des Estampes)

Fête de la Fédération

La fête de la Fédération - par Charles MONNET 1790 (Bibliothèque nationale de France, département des Estampes)
Premières difficultés
Pendant toute cette effervescence à Paris, l'Armée s'agitait, en Champagne le futur maréchal Davout a pris la tête d'une révolte. A Nancy, les soldats se sont mutinés et ont emprisonné leurs officiers. Bouillé, le commandant de Metz organisera une répression qui sera particulièrement sévère. Necker, inquiet de la tournure des événements démissionne en prétextant un problème de santé, l'Assemblée prend alors en main le Trésor Public. Du coté du clergé, ça n'allait guère mieux, les ecclésiastiques devaient prêter serment à la Nation et à la constitution civile du clergé (voir la France révolutionnaire), seulement peu d'entres eux le firent, en partie à cause de la position du pape Pie VI, qui déclarait la constitution schismatique, et des hésitations du roi. De plus la crise financière ne se résout pas, et des discordes apparaissent au sein de l'Assemblée, Mirabeau qui a été élu président de l'assemblée meurt en mars 1791.
La fuite du roi
Dés lors, la situation du roi se compliquait, il demanda bientôt recours aux monarchies européennes. Marie-Antoinette pouvait compter sur son frère l'empereur d'Autriche, mais celui-ci était bien trop occupé à se disputer la Pologne avec la Prusse et la Russie. Le frère du roi, le comte d'Artois ( Charles X) rencontra les souverains européens à Pillnitz où il obtient le soutien de l'Autriche et de la Prusse. Mais à Paris, on se méfiait du roi, celui-ci avait déjà tenté de se rendre discrètement au château de St Cloud, seulement le carrosse fut vite arrêté et dut rebrousser chemin vers les Tuileries. Le roi pensait alors rejoindre la garnison de Bouillé à Metz pour rentrer dans Paris avec les Autrichiens. Et le 21 juin 1791, le lit du roi est vide, il a fui la veille avec sa famille dans une berline, en se faisant passer pour un riche bourgeois, il sera rejoint par les dragons de Bouillé. Mais reconnu à Varennes, il est arrêté. A Paris, La Fayette, Bailly et Beauharnais (président de l'Assemblée) inventent un prétexte d'enlèvement pour couvrir leur roi. Mais personne n'est dupe, et le retour est difficile pour la famille royale qui doit subir les injures du peuple, Louis XVI fut donc suspendu par la Constituante.
Retour de Varennes. Arrivée de Louis Seize à Paris, le 25 juin 1791 - par Jean DUPLESSI-BERTAUX (Centre historique des Archives nationales)

Retour de Varennes - Arrivée de Louis XVI à Paris

Retour de Varennes. Arrivée de Louis Seize à Paris, le 25 juin 1791 - par Jean DUPLESSI-BERTAUX (Centre historique des Archives nationales)
La fusillade du Champ-de-Mars
Pendant ce temps, le club des Cordeliers ( Marat, Danton) sollicitait l'aide des Jacobins ( Robespierre, Pétion) pour voter la déchéance du roi, une scission s'opéra chez les Jacobins où les plus modérés ( Sieyès, Barnave, Lameth) fondèrent le club des Feuillants. Mais le reste des Jacobins organisa avec les Cordeliers une pétition votant l'abdication du roi, ils s'étaient réunis au Champ-de-Mars. La Fayette et sa garde qui devait assurer l'ordre fut accueilli par des jets de pierres. Bailly ordonna l'ordre à la garde de tirer, ce fut la panique, au moins 50 morts, Marat parvint à se cacher, Danton émigra en Angleterre. Le club des Cordeliers fût fermé et une grande partie des Jacobins rejoignirent les Feuillants plus modérés. Les Feuillants, fort de leur nouvelle influence à l'Assemblée souhaitaient maintenant une révision de la Constitution, on avait éloigné les républicains et la Constitution fut voté en septembre 1791. En octobre, une Assemblée législative remplaça la Constituante. Les émigrés furent amnistiés, on croyait la Révolution terminée. Mais les troubles économiques, les divisions du clergé et la non-détermination du roi annonçaient un avenir sombre.
L'Assemblée Législative
Une nouvelle vague de députés fraîchement élus fit son apparition dans l'Assemblée, à droite de celle-ci on trouve les Feuillants partisans d'une monarchie constitutionnelle avec à leur tête le Triumvirat ( Barnave, Lameth, Duport) et La Fayette, ils soutiendront le roi. A gauche, il y a les Jacobins qui sont moins nombreux, appelés aussi Brissotins du nom de leur chef de file Brissot, leurs orateurs dont Vergniaud sont issus de Bordeaux (ils seront appelés Girondins pour cette raison), ils devront s'allier avec l'extrême gauche représentée par Pétion de Villeneuve (un proche de Robespierre) qui regroupe des membres des Cordeliers (la Montagne). Au centre, le Marais qui rassemble les partisans d'une monarchie modérée. Très vite, l'Assemblée doit faire face à de nombreux problèmes dont une rébellion dans la colonie de St Domingue, les Girondins firent donc voter un décret important qui place les nègres à la même égalité politique que les blancs (abolition de l'esclavage). Puis des ultimatums sont déclarés aux émigrés qui risquent d'être déchu de leurs droits. Le 10 mars 1792, le ministère en partie Feuillant démissionne au profit des Girondins.
La guerre européenne
Depuis que les idées révolutionnaires se sont développées dans la région du Rhin ou au Nord de l'Italie, et depuis l'arrestation du roi à Varennes, l'Europe avec à leur tête l'Autriche commençait à voir d'un mauvais œil cette France turbulente. La guerre paraît inévitable, seuls les députés Marat et Robespierre s'étaient opposés à la guerre. Mais les nouveaux ministres en partie Girondins souhaitent la guerre, c'est le cas de Dumouriez, le ministre des Affaires Étrangères qui précipitent les évènements. Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée à l'Autriche, bientôt, la France s'opposera contre toute la Vieille Europe pendant près de 20 ans. C'est durant ces campagnes que commença à se répandre le chant de guerre pour l'armée du Rhin qu'on appellera bientôt la Marseillaise : composé à Strasbourg par un officier, Rouget de Lisle, il fut chanté pour la première fois par un groupe de marseillais à Paris. Très vite, une offensive dirigée par Rochambeau tourne rapidement au désastre, et bientôt c'est la débandade française.
Rouget de Lisle composant la Marseillaise - par Auguste Pinelli 1875-1880 (Musée historique de la Révolution française, Vizille)

Rouget de Lisle composant la Marseillaise

Rouget de Lisle composant la Marseillaise - par Auguste Pinelli 1875-1880 (Musée historique de la Révolution française, Vizille)

De grands changements politiques

La chute de la monarchie
Le 20 juin 1792 (anniversaire du serment du jeu de paume), le peuple parisien s'arme de piques et envahit rapidement les Tuileries, la manifestation est arrêtée durant l'après-midi grâce à l'intervention de Vergniaud et Pétion de Villeneuve (maire de Paris). La Fayette revenu des armées de l'Est prend la défense du roi et dénonce les manigances des clubs, mais découragé il partira à la frontière. Brissot et la Gironde tenteront de s'allier avec le roi, mais ils ne peuvent empêcher la demande d'un décret ordonnant sa déchéance. Le 10 août on avait préparé une insurrection, des insurgés s'étaient armés, Danton qui organisait la rébellion avait pris possession de l'Hôtel de Ville. On se dirigeait maintenant aux Tuileries. Face à l'incompétence de sa garde, sans chef, le roi à peine éveillé tente de se réfugier à l'Assemblée. Aux Tuileries, les gardes suisses font feu sur les insurgés. Mais une fureur habite les émeutiers qui massacrent des gentilshommes ( Clermont-Tonnerre). Pendant ce temps à l'Assemblée on avait voté la suspension du roi et son internement dans la prison du Temple. Huguenin le président de la commune insurrectionnelle (qui a chassé la Commune de Paris, sorte de gouvernement municipal) demande la dissolution de l'Assemblée et prépare une alliance avec la gauche girondine. Celle-ci jouera désormais un rôle de premier plan, Danton prend la tête d'un conseil exécutif, seul Montagnard il domine le ministère en grande partie Girondin.
La Prise du palais des Tuileries, cour du Carrousel, 10 août 1792 - par Jean DUPLESSI-BERTAUX 1793 (Musée Fabre)

Prise des Tuileries

Le 10 août, les sans-culottes prennent d'assaut le château des Tuileries, les gardes suisses tirent sur la foule. Le roi, quant à lui est parti se réfugier auprès des députés.
La Prise du palais des Tuileries, cour du Carrousel, 10 août 1792 - par Jean DUPLESSI-BERTAUX 1793 (Musée Fabre)
La naissance de la république
Très vite, Danton, l'homme du moment, réorganise le pays et signe de nombreux traités qui devront organiser la résistance à l'ennemi prussien qui est déjà en France. Dumouriez remplace La Fayette (qui a passé à l'ennemi avec les Autrichiens) à l'armée du nord, celle-ci se réorganise, et aux volontaires patriotes se mêle les soldats de l'ancienne armée royale. Les généraux allaient faire de cet amalgame une véritable armée, des chefs de bataillons allaient gravir des marches qui les porteront au titre de maréchal sous Napoléon ( Bessières, Marmont, Davout, Victor...). Mais ils ne peuvent barrer la route de Paris aux austro-prussiens, Kellermann et Dumouriez sont désormais les derniers remparts. Pendant ce temps, à Paris on soupçonnait les aristocrates et prêtres réfractaires de massacrer les patriotes, dans ce climat de suspicion du 2 au 6 septembre se déroulèrent des massacres, des émeutiers parisiens vidèrent des prisons bondés de partisans au roi, on dénombre environ 1 200 tués. A la commune et à l'Assemblée on avait laissé faire en feignant d'ignorer les faits, mais cet élan populaire découragea les modérés, et l'idée d'une République prit son essor sous l'influence des Montagnards. En effet, les nouvelles élections de l'Assemblée, qui prit le nom de Convention (sur le modèle américain) vit l'essor des Montagnards ( Fabre d'Églantine, Desmoulins, David, Philippe Égalité le duc d'Orléans...). Les députés les plus populaires étaient à cette époque Danton, Marat et Robespierre. Le 20 septembre, l'incroyable se produit, Kellermann et Dumouriez sont parvenus à repousser les austro-prussiens à Valmy, où un véritable sentiment national se fit sentir. Le lendemain (21 septembre 1792) la Convention tenait sa première séance publique, c'était la naissance de la Ière République.
La Garde nationale de Paris part pour l'armée. Septembre 1792 - par Léon COGNIET 1836 (Musée Fabre)

La Garde nationale de Paris part pour l'armée - Septembre 1792

Le 11 juillet 1792, face aux défaites militaires et aux menaces d'invasion (des Prussiens du Duc de Brunswick et des émigrés du prince de Condé), l'assemblée législative déclare « la Patrie en danger » et la levée de 50.000 volontaires parmi les gardes nationales. A la fin de l'été, la situation militaire devient dramatique. Longwy capitule le 23 août devant les Prussiens, Verdun se rend. Le 26 août, l'assemblée approuve alors, sur la proposition de Danton une nouvelle levée de 30 000 hommes.
La Garde nationale de Paris part pour l'armée. Septembre 1792 - par Léon COGNIET 1836 (Musée Fabre)
La Convention
Le premier président de la Convention fut Pétion (déjà maire de Paris). Les Girondins étaient cette fois dominants dans l'assemblée, mais il n'y avait personne pour représenter les sans-culottes (peuple parisien) qui avaient faits le 10 août. Les Girondins ( Roland, Vergniaud, Brissot...) qui se réunissent au salon de Mme Roland sont proches de la Montagne ( Robespierre, Marat, Danton, Desmoulins, St-Just, Philippe Égalité, David...) au point de vue sociale et patriotique mais ceux-ci sont plus proches des sans-culottes et de la Commune de Paris. Entre les deux groupes on a toujours le marais ou la plaine, groupe d'indécis qui virevoltent à gauche ou à droite. Les monarchistes ont donc disparu, et ce sont les Girondins qui prennent leur place à la droite. Le véritable conflit s'effectue donc entre les Girondins, plus âgés et attachés à la propriété privée, et les Montagnards, plus révolutionnaires et défenseurs du petit peuple. Des affrontements et des dénonciations parcourent chaque jour l'Assemblée, mais les Montagnards déjouent les pièges de la droite et favorisent l'effritement des Girondins. A l'extérieur, la victoire de Valmy a précédé l'annexion du comté de Nice et la Savoie.
Le procès du roi
L'une des missions que s'était fixée la Convention était de régler le sort de la monarchie, à la Gironde on était divisés, mais à la Montagne, on souhaitait la mort du roi. La mise à sac des Tuileries le 10 août a permis la découverte d'une armoire secrète renfermant des documents dans lesquelles étaient mêlés les rapports de Louis XVI et des puissances européennes. Une procédure judiciaire s'engagea donc, les députés presque unanimement déclarèrent Louis Capet coupable de conspiration contre la sûreté générale de l'État. Chacun des représentants des départements allait maintenant exprimer le châtiment proposé, ce fût la mort qui l'emporta. Et le 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné, cette acte irréversible entraîna l'indignation de toute l'Europe. La France se trouva encore plus isolé. L'Angleterre sous l'impulsion de son Premier ministre William Pitt, rassembla contre elle une coalition (la première d'une longue série) qui comprenait, outre l'Autriche et la Prusse, L'Espagne, la Hollande, le Portugal et la Russie.
Éxécution du roi Louis XVI

L'exécution du roi

Après la chute de la monarchie, Louis XVI porta le nom de Louis Capet, en référence à Hugues Capet fondateur de la dynastie des Capétiens (en 987) dont les Bourbons sont originaire. Le 21 janvier 1793, Louis XVI monte sur l'échafaud, ses derniers mots ont été : « Je meurs innocent ! », sa tête est montrée à la foule hurlant : « Vive la Nation ! ».
Éxécution du roi Louis XVI

L'avénement de la Terreur

Réorganisation générale
Dumouriez, qui commandait toujours l'armée avait déjà manifesté son opposition à la Convention. Il cherchait une victoire pour se couvrir de gloire, il ne trouva qu'une nouvelle défaite à Neerwinden, désespéré, il retourne son armée contre Paris et passe sous les ordres autrichiens, certains généraux dont le duc de Chartres ( Louis-Philippe Ier), fils de Philippe Égalité le suivront à ses cotés. L'armée est désormais réorganisée en bleus (volontaires républicains) et blancs (ancienne armée royale). Pendant ce temps, une conférence des alliés a lieu à Anvers, elle se fixe pour but de réduire la France à un néant politique. Mais les 280 000 étrangers qui sont aux frontières de la France sont paralysés à cause des dissensions entre alliés. A Paris, un comité de défense est créé en vue de remplacer le pouvoir exécutif perdu en 1792. Ce sont les Montagnards autour de Danton qui y gagneront de l'influence et de la popularité sur les Girondins.
L'insurrection vendéenne
Depuis quelques temps la province avait du mal à suivre le cours des événements, les campagnes étaient encore attachées au roi et à la religion. Aussi, la constitution civile du clergé et l'exécution du roi avaient profondément choqué. La levée de 300 000 hommes pour la guerre contre l'Europe fut l'étincelle à la poudre. A Cholet, les premiers troubles éclatèrent, on s'en prend aux autorités à coups de fourche ou de faux. Parallèlement un groupe d'insurgés : les chouans (sous la conduite des frères Cottereau) pratiquent également la guérilla dans les bocages et les forêts. Mais les vendéens s'improvisent vite des dirigeants (le roturier Cathelineau et les nobles Bonchamp, Charette, La Rochejacquelein ou D'Elbée), ils abordent la cocarde blanche et bouscule les républicains, ensemble ils forment « la grande armée catholique ». Une armée républicaine est chargé de mater les révolte, mais en D'Elbée ou Bonchamp remportent des victoires précieuses leur assurant le contrôle de la région. Les succès des vendéens seront bientôt compensés par la terreur que connaîtra la région, des républicains organiseront des répressions sanglantes (les noyades de Carrier, les colonnes infernales de Turreau brûlant les terres). A Lyon ou dans le Midi, on cesse également d'obéir à la Convention, la guerre civile est déclarée.

La Guerre de Vendée (1793 - 1801)

Les insurgés vendéens forment trois armées organisées sur trois pôles. L'armée du Marais autour de Legé, l'armée d'Anjou autour de Cholet et l'armée du centre dans le bocage. Les régions angevines sont formées de hautes haies propices aux embuscades. Cachés, les vendéens se ruent sur leurs ennemis au signal donné, et les encerclent, si l'ennemi riposte, chacun partait se cacher dans les haies. Hoche puis Bonaparte s'employèrent à pacifier la région. Les troubles ne s'apaisèrent qu'après la signature du Concordat de 1801.
La chute des Girondins et la révolte fédéraliste
Depuis la création de la Convention, un affrontement permanent a lieu dans l'assemblée, les Girondins s'opposent aux Montagnards, ces derniers peuvent s'appuyer sur le soutien des sans-culottes et de la commune insurrectionnelle derrière Hébert. Une foule d'accusations fantaisistes traversait les deux camps. Mais les Girondins qui sont toujours majoritaires à la Convention peuvent faire appliquer leurs décrets. A la commune, on n'en reste pas là, le 1er juin Marat sonne le tocsin appelant à l'insurrection, les bataillons d' Hanriot disposent des canons face aux Tuileries. Les députés prisonniers, sont contraint de signer un décret qui emprisonne certains des membres de la Gironde ( Vergniaud, Brissot, Pétion...). Ainsi avec l'aide de la Commune, la Montagne a mis fin au pouvoir des Girondins. En Province cependant, on s'était soulevé contre la Convention Montagnarde. A Lyon, Marseille ou en Normandie, des armées girondines sont levées, tandis que Toulon et Bordeaux tombaient au main des royalistes. Le 13 juillet, Marat est assassiné dans sa baignoire par Charlotte Corday, la révolte fédéraliste prend alors de l'importance, mais les opposants des Montagnards : royalistes et Girondins ne parviennent pas à s'entendre. Pendant ce temps en Vendée, Cathelineau dirige des escarmouches meurtrières et étend son influence au-delà du Loire. Et les frontières extérieures sont attaquées de toute part par la coalition européenne, Anglais, Espagnols, Prussiens et Autrichiens remportent des victoires décisives contestant les conquêtes révolutionnaires après Valmy. Menacée de l'intérieur et de l'extérieur, la Convention paraît avoir un avenir éphémère.
Marat assassiné, 13 juillet 1793 - par Jacques-Louis DAVID (Musée Fabre)

Marat assassiné

Issu d'un milieu pieux et royaliste, Charlotte Corday était républicaine et fréquentait les Girondins de Caen. Elle avait vu en Marat le principal responsable de la chute des Girondins.
Marat assassiné, 13 juillet 1793 - par Jacques-Louis DAVID (Musée Fabre)
Le gouvernement révolutionnaire
La rédaction de la constitution entamée en septembre 1792 est achevée en juin 1793 par Saint-Just et Hérault de Seychelles. Mais devant la situation intérieure et extérieure, la constitution est mise de coté au profit d'un gouvernement révolutionnaire qui allait régner jusqu'à la paix, seulement la paix n'arrivera jamais et cette constitution n'aura jamais servie. Le gouvernement effectif fut confié à un Comité de salut public au sein duquel Robespierre agit en dictateur. La situation intérieure est reprise en main, les foyers fédéralistes sont réprimés surtout à Lyon où Fouché ou Collot d'Herbois mènent une répression sanglante organisant des massacres, 6 000 personnes périront en une journée. A Caen et Marseille, les républicains reprennent l'avantage sur les fédéralistes. Il restait Toulon où les royalistes avec la complicité des Anglais gardaient farouchement la ville, il faudra attendre l'arrivée de Bonaparte pour changer la situation. En Vendée, Cathelineau est mortellement blessé à Nantes, il est remplacé par D'Elbée. Les républicains pratiquent alors la tactique de la terre brûlée, mais Marceau et Kléber sont repoussés par Charette et D'Elbée qui bénéficient de l'aide britannique. Bientôt, des Bretons et des Normands se joignent aux Vendéens, mais Kléber et Marceau réorganisent l'armée des bleus et déroutent les blancs de façon décisive. Femmes et enfants sont alors massacrés et la Vendée devient un cimetière national. Aux frontières, le territoire national fut libéré, grâce à de jeunes généraux enthousiastes et audacieux ( Hoche, Marceau, Kléber, Jourdan ou Moreau) bousculent les traditions militaires de la vieille Europe et se couvrent de gloire. Carnot le ministre de la guerre favorisa aussi les victoires en organisant l'armée révolutionnaire : en pratiquant le mélange des soldats de métier et des jeunes recrues : « l'amalgame », il alliait l'expérience et la ferveur révolutionnaire. Aux Pyrénées ( Kellermann), au Rhin ( Hoche, Pichegru) et au Nord ( Houchard) l'ennemi est sévèrement repoussé.
La Terreur en action
A Paris, la Terreur derrière Robespierre était décrétée, et le calendrier révolutionnaire est adopté. Un tribunal révolutionnaire condamna des milliers de suspects. La guillotine récemment inventée va alors être utilisé en cascade. Fouquier-Tinville qui dirige le tribunal révolutionnaire va fournir les accusés. Dés juin 1793, la machine est en marche. Avec humilité, Marie-Antoinette ouvre le bal lors de son exécution (15 octobre 1793). Vingt-et-un Girondins seront également condamnés, il en restera que vingt survivants. Puis Philippe Égalité, Manon Roland, Bailly, Barnave, Houchard prendront le relais. La crise économique persistante favorisa l'essor des « Enragés », qui préconisaient des mesures plus sévères pour la bourgeoisie. Inquiété, la Convention et même la Commune jugèrent leur chef Jacques Roux, qui préférant le suicide mit fin à ce mouvement populaire. Les « Hébertistes » qui sous la conduite de Hébert regroupaient une grande partie de la Commune, du club des Cordeliers et des sans-culottes. Ils étaient néanmoins plus présents que les Enragés, ils s'attaquèrent à la Convention par le biais du journal d' Hébert (Le père Duchesne). Ils enchaînèrent la déchristianisation du pays, en saccageant les églises et en organisant des mascarades anticléricales dans Paris. Hébert qui gagnait de l'influence fut arrêté, jugé puis guillotiné avec ses partisans. Enfin, un troisième mouvement connut le couperet de la guillotine : « Les Indulgents », ils rassemblaient des personnalités lassés de la Terreur, qui préféraient la fin des exécutions, sous l'impulsion du journal de Camille Desmoulins (Le vieux cordelier) et de Danton qui lui apportait de plus en plus son soutien. Mais jugé pour corruption Fabre d'Églantine annonça l'élimination des dantonistes, et quelques jours plus tard, Danton et Desmoulins étaient sur l'échafaud.
Marie-Antoinette conduite à son exécution le 16 octobre 1793 - par William HAMILTON 1794 (Musée historique de la Révolution française, Vizille)

Marie-Antoinette conduite à son exécution le 16 octobre 1793

Avec un grand courage, Marie-Antoinette se soumet à la loi du couperet. La guillotine est un symbole indissociable de la Terreur. Quelques temps plus tard, c'est Danton qui monte sur l'échafaud en déclarant au bourreau : « Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut bien la peine. »
Marie-Antoinette conduite à son exécution le 16 octobre 1793 - par William HAMILTON 1794 (Musée historique de la Révolution française, Vizille)

La fin de la Terreur

La conspiration du 9 Thermidor
Robespierre entama des mesures qui changèrent la France (voir La France révolutionnaire), et malgré des revers sur les mers, les victoires continentales ( Fleurus) se succédaient. Mais en éliminant les factions (enragés, Hébertistes et Indulgents), le Comité de salut public perdit l'appui des sans-culottes et prépara ainsi sa chute. Robespierre qui avait instauré le culte de l'Être suprême était accusé d'accéder de plus en plus vers la dictature. « L'incorruptible » fréquentait de plus en plus le club des Jacobins où il excluait ses ennemis. Ces derniers se rassemblèrent ( Collot d'Herbois, Fouché, Barras, Tallien) et réquisitionnèrent l'appui du Marais ( Cambacérès, Boissy d'Anglas). Et le 8 thermidor, ces opposants s'emploient à accuser les robespierristes. La nuit, on se réunit et on prépara la séance du lendemain. Là, les robespierristes sont immobilisés et cinq d'entre eux sont arrêtés. Mais ils sont délivrés par la Commune un peu plus tard, l'Assemblée mis alors hors-la-loi les cinq députés ainsi que la Commune. Mais les gendarmes que dirigeait Barras firent irruption dans l'Hôtel de Ville où s'étaient réfugiés les proscrits. Ceux-ci sont malmenés ( Robespierre reçoit un coup de feu à la mâchoire, Le Bas s'explose la cervelle ..). Arrêté, Robespierre fut guillotiné le lendemain avec vingt de ses partisans les plus fidèles, dont l'implacable Saint-Just. La mort de Robespierre mit fin à la Terreur en 1794, ainsi qu'à la phase la plus ardente et la plus populaire de la Révolution. Les modérés, représentant surtout la bourgeoisie d'affaires, eurent de nouveau le dessus.
La réaction Thermidorienne
Ces bourgeois modérés ( Tallien, Barras, Fréron) avec le centre, qui est resté silencieux depuis le début de la Révolution forment « la jeunesse dorée », derrière leur tenue excentrique, ils affichent leur nostalgie de la monarchie. Ensemble, ils reprirent le pouvoir avec fermeté et entreprirent un remaniement politique, Fouquier-Tinville qui dirigeait le Tribunal révolutionnaire fut emprisonné. La Montagne entachée par la Terreur n'acceptait pas ce revirement de situation, mais bientôt les jacobins sont attaqués, et la Gironde est réintégrée à l'Assemblée. Des troubles populaires survinrent, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois et Barère qui étaient emprisonnés pour leur rôle dans la Terreur furent défendus par les sans-culottes. En prairial, une nouvelle insurrection a lieu sous influence montagnarde, le député Féraud est tué. Mais ces troubles n'engagèrent que peu de monde, la garde nationale s'était réorganisée, les sans-culottes avaient perdus. Mais dans le Midi, la « Terreur blanche », sous impulsion royaliste, est particulièrement sanglante et fait plusieurs victimes : des jacobins puis des républicains à Lyon. En Vendée, la région est pacifiée grâce au général Hoche, et la convention multiplie les amnisties. Mais les chouans puis Charette reprenne très vite les hostilités, des royalistes débarquent à Quiberon en Bretagne, ils sont arrêtés par Hoche. A l'extérieur, les jeunes généraux font toujours des merveilles, et la Guadeloupe et Saint-Domingue sont reprises. Louis XVII meurt au temple, son oncle, le comte de Provence devient Louis XVIII.
L'assassinat de Féraud à la Convention - par Jean DUPLESSI-BERTAUX

Émeutes de prairial

Le député Féraud qui tentait de s'opposer aux manifestants est tué, sa tête est mise au bout d'un pique. Puis elle est présentée au président de l'Assemblée : Boissy d'Anglas, qui la salua, il résista avec sang-froid et gagna du temps. L'émeute sera ensuite canalisée par l'arrivée de la garde nationale, les sans-culottes ont perdu leur pouvoir d'action dont ils avaient fait preuve le 10 août.
L'assassinat de Féraud à la Convention - par Jean DUPLESSI-BERTAUX

Le Directoire

L'avènement du Directoire
Une troisième constitution, dite « de l'An III », fut rédigée, elle s'appuyait sur un pouvoir exécutif constitués de cinq membres (directeurs), en place pour cinq ans et de deux chambres législatives renouvelable (Conseil des Cinq-Cents et Conseil des Anciens). Pour éviter d'être balayés par les prochaines élections, les derniers conventionnels (membre de la Convention) établirent un décret qui obligea les chambres parlementaires à contenir au moins deux tiers des membres de la Convention, les députés sont ainsi perpétrés. Les royalistes, ulcérés par ce décret qui les paralysaient, tentèrent un nouveau coup de force. Un comité d'insurrection s'était formé, et la Convention qui siégeait toujours aux Tuileries était menacée. Le général Bonaparte était chargé de la répression, à ses cotés Brune et Murat. Il chargea d'abord Murat de lui ramener des pièces d'artillerie, puis il les soumit intelligemment dans la ville. Les royalistes subirent une canonnade sévère, et la Convention fut sauvée par ce général fougueux qui faisait ses premiers pas. Les élections virent triompher des modérés issus des Feuillants et des conventionnels de la droite tel que Boissy d'Anglas. Cette nouvelle ère est appelé le Directoire, on distingue trois périodes séparés par deux coups d'État (18 fructidor, 30 prairial).
Le premier Directoire
Le Directoire n'est pas vraiment en rupture avec la convention thermidorienne, les mêmes hommes sont aux pouvoirs. Le Directoire joue un rôle charnière qui visera à mettre fin à la Révolution en tentant de réconcilier les royalistes à droite (qui se sont renforcés lors des élections) et les patriotes jacobins à gauche. Les cinq premiers directeurs élus sont La Revellière-Lépeaux, Letourneur, Reubell, Sieyès (qui refuse le poste pour Carnot) et Barras. Le problème principal des directeurs est de faire face à la crise économique qui n'a pas vraiment connue d'essor depuis 1789. Mais dans les rues de Paris, un nouveau comité insurrectionnelle (Conjuration des Egaux) est créé sous la conduite de Gracchus Babeuf qui prône « la communauté des biens et des travaux ». Ce comité s'apprête à soulever les masses populaires contre le Directoire, responsable de la famine ouvrière. Trahis par la police nommée par Carnot, les conjurés sont arrêtés, Babeuf est exécuté.
Le deuxième Directoire
A droite, les monarchistes étaient en plein essor, ils sollicitèrent l'aide du général Pichegru qui était favorable au mouvement. Une forte action politique était engagée pour basculer le tournant des élections de 1797. Ces élections affaiblirent fortement le Directoire, et Pichegru fut élu président du Conseil des Cinq-Cents. Les réformes révolutionnaires se trouvèrent alors clairement menacées. Les directeurs se sentent rapidement en danger, et Barras invite Hoche à lui venir en aide. Le projet tombe à l'eau mais l'armée vacille tout de même du coté des directeurs. Les Conseils royalistes comptaient sur Pichegru, tandis que les directeurs s'appuyaient sur Augereau que Bonaparte a envoyé d'Italie pour « sauver la République ». Celui-ci met en avant les preuves que Bonaparte a trouvé en Italie montrant la trahison de Pichegru avec l'étranger. La minorité républicaine de l'Assemblée vota des lois d'exception contre les monarchistes, beaucoup furent contraint à l'exil comme Pichegru et Carnot. Ce coup d'état du 18 Fructidor (An V du calendrier révolutionnaire) redonnait le pouvoir aux républicains qui en profitaient pour annuler les élections qui voient triompher les jacobins (22 floréal), ces derniers ont fait leur retour grâce à l'affaiblissement de la droite lors de fructidor. En Italie, Bonaparte réalise des prouesses inespérées et alarme l'Europe par la création de républiques sœurs vassales de la France.
Coup d'état du 18 fructidor gravure fin XVIII s (Bibliothèque nationale Paris)

Coup d'état du 18 fructidor an V

Avec l'aide de Augereau, le Directoire fait arrêter les députés royalistes qui leurs disputaient le pouvoir.
Coup d'état du 18 fructidor gravure fin XVIII s (Bibliothèque nationale Paris)
Le troisième Directoire
Bonaparte est l'homme du moment, il est acclamé à Paris à son retour d'Italie. Le Directoire l'éloigne en lui offrant un commandement en Égypte. Mais aux frontières, les premiers revers apparaissent, Jourdan et Bernadotte quittent leur commandement à l'armée du Rhin. L'Angleterre commence déjà à rassembler une seconde coalition. L'absence de Bonaparte en Italie se fait sentir et les premières défaites apparaissent. Pour remédier à ces échecs militaires, le Directoire rend le service militaire obligatoire et universel. En juin 1799, les Jacobins sont toujours à la tête des élections. Les nouveaux députés forcent alors trois directeurs à la démission (coup d'état du 30 prairial). Sieyès et Barras qui sont à la tête du pouvoir exécutif craignent alors un retour du jacobinisme, les survivants de la Montagne sont en effet présent, et le club des Jacobins se reconstitue. Sieyès profite du retour de Bonaparte pour mettre fin au Directoire, ce dernier allait s'emparer du pouvoir lors du coup d'état du 18-19 brumaire. Mais, au moment où ce général instaura son pouvoir, dix années après le déclenchement de la Révolution, le visage de la France avait bien changé.

 

 

La France Révolutionnaire

 

 

Les premiers gouvernements

L'Abolition des privilèges
La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, avait mis fin à l'autorité royale, très vite l'engrenage révolutionnaire se mit en place. La dévastation des châteaux dans toute la France fût un prétexte valable pour supprimer la féodalité. En cette nuit du 4 août, les députés de la Constituante supprimaient la dîme, la gabelle, le droit de chasse ainsi que tous les privilèges de l'Ancien Régime. Ces principes furent immortalisés par la « Déclaration du droit de l'homme et du citoyen » : séparation des pouvoirs, liberté religieuse, égalité en droit, mais cette déclaration conservait le caractère inviolable de la propriété privé. Cependant, le suffrage universel n'est pas appliqué, l'égalité des sexes est non respecté, et d'autres principes d'égalité ne furent pas appliqués dans la constitution.
La Constitution de 1791
L'Assemblée des députés de 1789 se trouve maintenant le rôle d'Assemblée Constituante, elle doit élaborer une nouvelle constitution pour la France et poursuivre la mise en place de réformes. En 1791, la Constitution était définitivement élaborée. Louis XVI conservait le pouvoir exécutif mais perd son titre de roi de France au profit de celui de roi des Français. Il est le chef des armées, nomme les hauts fonctionnaires et ses ministres, il signe les traités mais il ne peut déclarer la guerre qu'en accord de l'Assemblée. Cette assemblée détient le pouvoir législatif. Mais cette première constitution s'avère maladroite dans bien des domaines, et l'Assemblée n'a aucun pouvoir sur l'exécutif et réciproquement, ainsi il n'y a aucune coordination entre les deux mouvements. Seuls les citoyens actifs (payant un impôt direct égal à trois jours de travail) sont invités à élire des délégués (payant un impôt pour dix jours de travail) qui voteront pour les députés.
La Constitution de 1791

Allégorie de la constitution de 1791

Tenant à sa main gauche la Charte constitutionnelle et à sa main droite un pique surmonté du bonnet phrygien, la Constitution fait face au peuple et à la garde nationale. Au-dessus d'elle, un ange la protège en terrassant ses ennemis
La Constitution de 1791
Les réformes de la Constituante
L'administration est bouleversée par la suppression des provinces au profit de 83 départements subdivisés en districts et cantons et attribués d'un chef-lieu. Les conseils qui dirigeaient les districts et communes étaient élus par les citoyens actifs, ainsi la bourgeoisie s'emparait de l'administration départementale qui était totalement indépendante du pouvoir central. Dans le domaine judiciaire, les juges et jurés sont élus par les citoyens actifs, ils sont sous la tutelle de l'Assemblée et peuvent être contredit par un tribunal de cassation. Les impôts étaient répartis selon les départements et la municipalité s'occupait de les collecter, mais nombre d'officiers municipaux ne savaient ni lire et écrire, les impôts furent au commencement objet d'une rente insuffisante. Des réformes importantes furent ratifiés (adoption du drapeau tricolore, fin de la noblesse héréditaire, les non-catholiques deviennent éligibles...), enfin la guillotine fut adopté par l'Assemblée sous la proposition du Dr Guillotin (qui ne l'a pas inventé !).
(Centre historique des Archives nationales)

La France et ses 83 départements en 1790

(Centre historique des Archives nationales)
Les solutions faces à la crise économique
La France connaît en 1789 une grave crise économique, les capitaux et le commerce sont en régression et les impôts rentrent mal. Il fallait donc trouver une source d'argent en quantité. Talleyrand proposa alors une nationalisation des biens du clergé, les coffres du clergé contenaient environ 2 milliards de livres. Le débat fut houleux, pour certain il s'agissait de transgresser la propriété privé ( Sieyès) pour d'autres ce n'était que le don de fidèles donc appartenant à la Nation ( Mirabeau). La proposition fut adoptée, en contrepartie, la Nation s'occupait de salarier le clergé. Puis très vite, un décret donnait la possibilité de régler avec des assignats (billets) qui remplacèrent la monnaie de métal. Ceci devait contribuer à vendre les biens du clergé plus facilement. Mais ce papier-monnaie fut rapidement déprécié et l'inflation galopait. L'assignat allait connaître une existence périlleuse.

Assignat de vingt-cinq sols

La Constitution civile du clergé
Après la nationalisation des biens du clergé, l'Église allait subir d'importantes modifications. Le clergé était organisé par des juristes à l'écart des théologiens. Les évêchés sont réorganisés, les évêques et curés étaient désormais élus, alors que le pape avait autrefois la tâche de nommer les évêques. L'Église de France fut ainsi modifiée afin de la rendre plus séculière sous le nom de Constitution civile du clergé. Le roi avait accepté la constitution, mais le pape Pie VI la condamna. Et les ecclésiastiques, pris par le temps étaient obligés de prêter serment à la constitution, mais à cause de la position du pape peu d'entre eux le firent. Ainsi des élections eurent lieu pour remplacer ces prêtres réfractaires. Cette constitution s'avérait schismatique et mettait en question le lien entre le pape et l'Église de France établit dans la Concordat de 1516.
L'Assemblée Législative
Dés la proclamation de la Constitution de 1791, une nouvelle assemblée nommée Assemblée Législative se mit en place, celle-ci signa sous la proposition de Grégoire l'abolition de l'esclavage suite aux problèmes coloniaux. Elle dût faire face aux débuts de la guerre et à la chute de la monarchie. Le lendemain du 10 août, il fût décidé la mise en place d'une nouvelle assemblée qui prenait en compte la chute de la monarchie. Celle-ci prit le nom de Convention. Et dés le 21 septembre 1792, la première séance eut lieu, la République était née.

La Terreur

Le gouvernement révolutionnaire
Après de multiples difficultés, une Constitution avait été rédigée ( Saint-Just et Hérault de Seychelles en était les rédacteurs principaux). Mais celle-ci fût conservé dans un coffre à jamais, les députés décrétait que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu'à la paix. Celui-ci allait redresser la situation intérieure et extérieure de la France, et bénéficiait de l'appui des sans-culottes.
  • Le Comité de Salut Public : Il domine ce gouvernement, il est composé de onze membres réélus tout les mois qui se partagent les tâches : Robespierre et son bras-droit Saint-Just s'occupent de la politique intérieure, Collot d'Herbois et Billaud-Varennes prennent les affaires intérieures, Carnot la guerre...
  • Le Comité de sûreté générale : Il veille sur la sûreté de l'État, fait arrêter les citoyens en les passant devant le tribunal révolutionnaire. C'est une sorte de ministère de la police dont Vadier, Le Bas et David sont les principaux membres.
  • Le Comité de finance : Cambon en fût le président, ce comité devait assurer le redressement de l'économie et le financement de la guerre.
  • Représentants en mission : Nommés par le Comité de Salut Public, ces représentants devaient inspecter les départements (en partie pour régler les révoltes fédéralistes), ils contrôlent les armées et font les levées d'hommes. Barras ou Tallien faisaient partie de ces membres. Des comités de surveillance furent crées un peu partout afin de délivrer et vérifier les cartes de sûreté qui assurer le civisme la citoyenneté du peuple.
  • Le Tribunal révolutionnaire : Ce tribunal doit tout simplement jugé et condamné les suspects et ennemis des valeurs révolutionnaires (liberté, égalité, ...). Les tribunaux révolutionnaires de province seront par la suite renforcés mais ils seront supprimés au profit d'un seul situé à Paris. L'accusateur public Fouquier-Thinville s'occupait de fournir les victimes, ainsi la guillotine allait être farouchement utilisée sous son impulsion. Les témoins n'étaient pas toujours entendus et de nombreuses erreurs judiciaires eurent lieu à cette période.
Figure allégorique de la République - par Antoine-Jean GROS (Musée Fabre)

Allégorie de la République

Les premières représentations d'une femme à bonnet phrygien, allégorie de la Liberté et de la République, apparaissent sous la Révolution française. L'appellation de Marianne dérive de Marie-Anne (prénom très répandu au XVIIIe siècle). Symbole de liberté, le bonnet phrygien était porté par les esclaves affranchis en Grèce et à Rome. Sous la IIIème République, les statues et surtout les bustes de Marianne se multiplient, en particulier dans les mairies. Elle figure également sur des objets de très large diffusion comme les pièces de monnaie ou les timbres-poste.
Figure allégorique de la République - par Antoine-Jean GROS (Musée Fabre)
La France sous la Terreur
Un seul homme était alors à la tête de la Nation : Robespierre, ses opposants étaient tous passés sur l'échafaud. Le pouvoir des départements perdait de l'influence au profit du Comité du Salut Public. « L'incorruptible » comme on le surnomme progressa vers la dictature. Malgré les désirs exprimés auparavant, un partage général des biens n'eut pas lieu, cependant les grosses fortunes furent diminuées. La situation extérieure était favorable, les victoires des généraux ( Pichegru, Jourdan, Dugommier...) et la bataille de Fleurus insistait sur la crainte des Alliés.
L'Être suprême
La déchristianisation et les massacres des hébertistes avaient fait réagir Robespierre qui établit un culte de l'Être suprême chaque dixième jour de décade (en lieu et place du dimanche). Robespierre avait subi l'influence déiste des Lumières et notamment de Rousseau (« La France reconnaît l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme. »). Il y voyait un fondement métaphysique des idéaux républicains et la communion des principes révolutionnaires. La première des fêtes décadaires de l'Être suprême eut lieu le 20 prairial (8 juin), la cérémonie était d'inspiration antique et elle était préparée par David (dont les toiles témoignent de l'esthétisme de l'Antiquité). Des guirlandes, corbeille de fleurs et robes blanches ornaient le spectacle. Le président de la cérémonie, Robespierre brûla une statue représentant l'Athéisme et une autre représentant la sagesse (qui demeura incombustible). Cette grande fête où Robespierre était à son apogée contribua également à sa perte.
Fête de l'Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794) - par Pierre-Antoine DEMACHY 1794 (Musée Carnavalet)

La cérémonie de l'Être suprême

Fête de l'Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794) - par Pierre-Antoine DEMACHY 1794 (Musée Carnavalet)

Les derniers gouvernements

La période thermidorienne
Après la Terreur, la France est épuisée, la misère s'installe, les prix augmentent. A cela il faut ajouter des mauvaises récoltes et un hiver rude, les « ventres-creux » se multiplient. Les paysans et soldats sont néanmoins satisfaits de leurs nouvelles conditions, mais il y a désormais les nouveaux riches qui spéculent et exhibent leur or. Les mœurs se relâchent, la Terreur trop pesante a laissée place à des fêtes et des bals, les divorces augmentèrent rapidement. La séparation de l'Église et de l'État est maintenant définitive par la suppression de la constitution civile du clergé. Mais l'inflation galopait, on entreprit alors de dévaluer les assignats.
La Constitution de l'An III
Naturellement une nouvelle constitution fût établit après la chute de la Terreur. Des anciens Girondins et des modérés tel que Boissy d'Anglas s'occupait de la rédiger. Le pouvoir exécutif appartenait à cinq Directeurs où l'un d'entre eux était réélu tous les ans. Ils s'occupaient de nommer les ministres et généraux et de la sûreté de l'État, ils étaient choisis par les chambres législatives. Cinq commissaires s'occupaient de la Trésorerie. Le pouvoir législatif était confié à deux chambres : le Conseil des Cinq-Cents composé de 500 membres qui a l'initiative des lois) et le Conseil des Anciens (comparable au Sénat actuel) qui acceptait ou révoquait les lois proposaient par les Cinq-Cents. Les deux chambres siégeaient aux Tuileries. Le pouvoir judiciaire était clairement séparé des deux autres avec des juges de paix, départementaux et un tribunal de cassation. Les citoyens payant une contribution directe élisaient des grands électeurs qui allaient élire des membres du pouvoir législatif et judiciaire.
L'abbée Sieyès en costume de Directeur

Les Directeurs

De 1795 à 1799, les différents directeurs furent : Barras, Reubell, La Revelliere Lepeaux, Carnot, Letourneur, Barthélemy, Neufchâteau, Douai, Treilhard, Sieyès, Ducos, Gohier, Moulin.
L'abbée Sieyès en costume de Directeur
Le Directoire
Tout comme le gouvernement révolutionnaire, les Directeurs se partagent les tâches. Carnot : la guerre, Reubell : la diplomatie, Barras : les affaires intérieures ... De nouveaux clubs politiques renaissent, le club du Panthéon et celui de Clichy sont les plus importants. Le problème le plus important était la situation économique, un emprunt important fut fait et on supprima l'assignat qui ne cessait de dévaluer. Mais après l'inflation, c'est la déflation, on emprunte aux pays conquis, on vend aux enchères des biens nationaux. La banqueroute des deux tiers est promulguée, et seul les victoires de Bonaparte et la paix de Campoformio renvoie la popularité d'un régime contesté.

Annexes pour mieux comprendre le contexte

Le calendrier républicain
Un calendrier républicain fut adopté afin de se démarquer une fois de plus avec l'Ancien Régime. Les années et les siècles avec pour référence la naissance de Jésus-Christ furent oubliés. 1792 marque l'An I, 1793 l'An II... L'année républicaine est composée de 12 mois égaux de 30 jours, suivis de cinq ou six jours complémentaires, aussi appelés Sans-Culottides (ce dernier nom est donné en honneur aux sans-culottes). Chaque mois est décomposé en trois décades. Les jours de chaque décade sont primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, decadi. Decadi remplaçait le dimanche et était le jour de repos. Les Sans-Culottides, qui étaient des jours fériés pour terminer l'année, sont la Fête de la Vertu, la Fête du Génie, la Fête du Travail, la Fête de l'Opinion, la Fête des Récompenses, la Fête de la Révolution. De plus pour oublier tous les saints dont nous avait abreuvé le calendrier grégorien, chaque jour de l'année était associé à un animal, une plante, ou un outil agricole...
Les mois du calendrier républicain
  • Les mois d'automne (terminaison en -aire)
    • Vendémiaire (le mois des vendanges)
    • Brumaire (le mois des brumes)
    • Frimaire (le mois du froid)
  • Les mois d'hiver (terminaison en -ose)
    • Nivôse (le mois de la neige)
    • Pluviôse (le mois de la pluie)
    • Ventôse (le mois du vent)
  • Les mois du printemps (terminaison en -al)
    • Germinal (le mois de la germination)
    • Floréal (le mois des fleurs)
    • Prairial (le mois des prairies)
  • Les mois d'été (terminaison en -or)
    • Messidor (le mois des moissons)
    • Thermidor (le mois de la chaleur)
    • Fructidor (le mois des fruits)

Les douze mois du calendrier républicain

Les Gouvernements
  • L'Assemblée nationale constituante (1789 - 1791) : Cette assemblée eut à la fois un rôle législatif et la charge de rédiger la constitution de la France. Elle proclama sa propre dissolution en faveur de l'Assemblée Législative.
  • L'Assemblée législative (1791 - 1792) : L'Assemblée Législative, élue par les citoyens actifs, fut le parlement de la monarchie constitutionnelle, puis, après la chute du roi, de la république.
  • La Convention nationale (1792 - 1795) : Elle se réunit pour la première fois le 20 septembre 1792 et proclama la république deux jours après. Après la chute de Robespierre, la convention est généralement appelée Convention thermidorienne. Trois comités de la Convention nationale eurent un rôle important :
    • Le Comité de salut public : Pendant la Terreur, ce comité était le vrai gouvernement de la France.
    • Le Comité de sûreté générale : Chargé de coordonner l'effort de guerre.
    • Le Comité d'instruction publique
  • Le Directoire (1795 - 1799) : Régime bicaméral à dominante bourgeoise. Ses deux chambres étaient :
    • Le Conseil des Cinq-Cents
    • Le Conseil des Anciens, ou Sénat
Intérieur d'un comité révolutionnaire sous la Terreur - par C.N.Malapeau (Centre historique des Archives nationales)

Un comité révolutionnaire sous la Terreur

Intérieur d'un comité révolutionnaire sous la Terreur - par C.N.Malapeau (Centre historique des Archives nationales)
Les groupes politiques
  • Groupes politiques royalistes
    • Monarchistes ou Royalistes : Partisans de la monarchie des Bourbons, sous sa forme absolue ou sous sa forme constitutionnelle.
    • Chouans : Groupes contre-révolutionnaires actifs dans les régions de l'Ouest et le marais vendéen. Ils disparaîtront sous l'Empire.
    • Émigrés : Membres de la noblesse ayant quitté la France, souvent pour l'Angleterre, pour fuir la Révolution.
    • Réfractaires : Religieux qui ayant refusé de prêter serment à la République doivent prendre le maquis.
  • Groupes politiques républicains
    • Républicains : Partisans d'un système sans roi.
    • Girondins : Groupe de douze députés républicains, plus modérés que les Montagnards. Parfois appelés (par amalgame), Brissotins.
    • Montagnards : Souvent membres (ou ex-membres) des jacobins, les Montagnards sont des républicains radicaux au pouvoir pendant le règne de la Terreur. Leur modèle reste Robespierre.
    • Thermidoriens : Républicains plus modérés ayant pris le pouvoir après la chute de Robespierre et des Montagnards, le 9 thermidor.
La composition des différentes assemblées
La question du veto du roi en 1789 avait divisé l'Assemblée en deux camps qui se regroupaient à droite du roi (pour le veto) ou à gauche (contre le veto). Ce clivage est à l'origine de nos partis politiques actuels. Par suite, les partisans du roi et les plus conservateurs siégeaient à droite tandis que les partisans du changement et de la révolution se plaçaient à gauche. Les plus « enragés » se plaçaient à l'extrême gauche sur les travées supérieures du haut de l'Assemblée, la « Montagne ». Aussi les membres de la tendance la plus révolutionnaire de l'Assemblée reçurent-ils le nom de « Montagnards » ( Marat, Danton, Robespierre...). La Gironde ( Roland, Vergniaud, Brissot...) comportait des députés venus de la région de Bordeaux ou de province, ils se plaçaient à gauche et ils étaient dans un premier temps proche de la Montagne. L'Assemblée Constituante puis législative comprenait à sa droite les aristocrates partisans de l'ordre ancien et d'autres plus modérés qui y préférait une monarchie constitutionnelle. Par la suite, les aristocrates émigrèrent ou se retirèrent, les modérés comme Mounier disparurent progressivement de l'Assemblée. Si bien que lorsque la République fût proclamée, c'est la Gironde qui se plaça à droite, et les Montagnards restaient à gauche. Dès 1792, les deux partis s'affrontèrent violemment. La majorité de l'Assemblée constituait la « plaine » ou le « marais » car ils siégeaient au centre, ils étaient d'abord proches des Girondins mais une partie d'entre eux rejoignirent les Montagnards. Ces députés prirent par la suite le pouvoir après le 9 thermidor.
La violation des caveaux des rois dans la basilique Saint-Denis, en Octobre 1793 - par Hubert ROBERT (Musée Carnavalet)

Le vandalisme révolutionnaire

La chute de la monarchie le 10 août 1792 entraîna une flambée de violence à l'encontre des symboles visibles de la féodalité. Le Comité de salut public décida de commémorer la chute de la monarchie par la destruction des mausolées fastueux des rois, conservés dans l'abbaye de Saint-Denis. Une partie des tombeaux fut démolie et fondue pour faire des boulets et des canons.
La violation des caveaux des rois dans la basilique Saint-Denis, en Octobre 1793 - par Hubert ROBERT (Musée Carnavalet)
Les clubs
Les députés se rejoignaient dans des clubs où ils poursuivaient avec leurs partisans les débats de l'Assemblée, ils se réunissaient dans d'anciens couvents, et ils adoptèrent leurs noms.
  • Le club des Jacobins : A l'origine, des patriotes bretons qui fondèrent le club breton, arrivés à Paris lors des États Généraux, ils se réunirent au couvent des jacobins. Les jacobins rassemblaient autour d'eux la gauche révolutionnaire et constituait l'organe directeur de la Montagne après que les Girondins de Brissot furent chassés. Les principaux membres étaient Pétion de Villeneuve et Robespierre. Fermé après thermidor, ils chutent en même temps que Robespierre. Leur devise : « Vivre libre ou mourir ».
  • Le club des Feuillants : La plupart d'entre eux sont issus du club des jacobins, qu'ils quittèrent parce qu'ils étaient plus modérés. Leurs dirigeants étaient Talleyrand, Sieyès, La Fayette et les hommes du triumvirat ( Barnave, Lameth, Duport) qui étaient populaires. Mais ils étaient divisés (partisans de La Fayette contre ceux de Lameth), le club disparût le 10 août lors de la chute de la royauté. Et les Girondins s'installèrent à leur place à la droite de l'Assemblée.
  • Le club des Cordeliers : Tout comme les Jacobins, les Cordeliers s'appuyaient sur le mécontentement du peuple parisien et étaient les favoris des sans-culottes. Parmi les membres les plus célèbres : Danton, Marat, Hébert et Camille Desmoulins. Le club organisait les grandes journées révolutionnaires telles que le 10 août, et s'acharnait à abattre la Gironde. Ils se séparèrent entre Indulgents ( Danton), Enragés ( Roux) et Hébertistes ( Hébert). Les survivants joignirent par la suite les jacobins.
Les mouvements populaires
  • Les sans-culottes : Ils sont le peuple parisien (ouvriers, artisans, petits commerçants), on les appelait ainsi car ils portaient des pantalons de bure à la place des culottes resserrées au genou que les nobles et bourgeois portaient. Ils intervinrent de plus en plus activement pour obliger l'assemblée à prendre des mesures favorables au peuple. Ils étaient divisés en sections de quartiers dirigées notamment par Hébert et Roux. Les sans-culottes ont joué un rôle décisif (prise de la Bastille, des Tuileries, chute des girondins), leur chanson la plus célèbre était « la Carmagnole ».
  • Les Enragés : Une des sections des sans-culottes dirigée par le prêtre Jacques Roux. Principalement actives à Paris et à Lyon durant la convention girondine, elle préconisait l'emploi de mesures sévères contre les riches et la formation d'une armée du peuple. Robespierre fit guillotiné leurs chefs pendant la Terreur.
  • Les Hébertistes : Une autre section de sans-culottes que menait Jacques Hébert, et également Collot d'Herbois. Celui-ci avait une grande influence sur les Cordeliers et la commune insurrectionnelle. Tout comme les dantonistes (indulgents), les Hébertistes se démarquèrent de Robespierre qui les fit guillotiner.
  • Les Indulgents : Menés par Danton, les Indulgents regroupaient des Montagnards hostiles à la Terreur. Les accusations de conspiration envers Danton marquera la fin du mouvement, au même moment où le couperet s'abattra sur lui et ses partisans dont Camille Desmoulins.
  • La Commune de Paris : Gouvernement municipal de Paris né en juillet 1789, le 10 août, les insurgés la renversent et elle cède la place à la Commune insurrectionnelle où les sans-culottes ont le contrôle. Elle appliquera désormais la politique révolutionnaire et donc aussi celle du Comité de Salut Public de Robespierre. Hébert tenta de s'opposer à la Terreur tant il avait une influence sur la Commune. Mais la réaction des thermidoriens s'abattit sur elle, et lui ôta tous ses pouvoirs.
Glossaire
  • Les Constitutions
    • Constitution du 3 septembre 1791 : Elle établit une monarchie parlementaire et l'Assemblée législative.
    • Constitution de l'an I ou du 24 juin 1793 : Constitution républicaine, jamais appliquée.
    • Constitution de l'an III ou du 22 août 1795 : Elle établit le Directoire.
    • Constitution de l'an VIII ou du 13 décembre 1799 : Elle établit le Consulat.
  • Les Coups d'Etats
    • 9 thermidor an II : Chute de Robespierre et des Montagnards (27 juillet 1794).
    • 18 fructidor an V : Coup contre la tentative de restauration monarchiste (4 septembre 1797).
    • 22 floréal an VI : Coup dans lequel 106 députés de gauche furent privés de leur siège (11 mai 1798).
    • 30 prairial an VII : Coup préparé par le général Joubert, par lequel quatre directeurs furent forcés à démissionner (18 juin 1799).
    • 18 brumaire an VIII : Le coup qui porta Napoléon Bonaparte au pouvoir (9 novembre 1799).
La presse sous la Révolution
La liberté de la presse fut déclarée dans la Déclaration des droits de l'homme. Dés la réunion des états généraux, Mirabeau publia « Le journal des états généraux ». Sitôt la liberté acquise, les journaux se multiplièrent, on dénombre 1500 périodiques nés entre 1789 et 1799, la plupart furent éphémères. Presque tous les députés avaient leur feuille pour s'exprimer : « Le Patriote français » ( Brissot), « Le vieux Cordelier » ( Desmoulins), « L'Orateur du peuple » ( Fréron), « L'ami du peuple » ( Marat), « Le père Duchesne » ( Hébert), « Le tribun du peuple » ( Babeuf). Ces deux dernier furent très lu et convoité par les sans-culottes, Marat et Hébert étaient leur porte-parole. Les royalistes possédaient aussi leur journal tel que « Le Mercure de France ». Mais la presse se durcit sous l'influence du Directoire qui supprima des journaux réactionnaires. Dés l'arrivée du Consulat, Bonaparte s'empressa de bannir cette liberté de presse génératrice de désordre populaire.